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  • Bernadette Petitpas

Lion ou caméléon


Résumé

Dans cette chronique l’auteure présente deux grands types de comportement, lion et caméléon, et les décrit en termes de comportements et des effets de ceux-ci. En s’appuyant sur des exemples, elle invite le lecteur à la réflexion relativement à ses approches les plus naturelles, à l’utilité de diversifier son portefeuille de comportements, à ce qu’il identifie comme des pistes de solution qui lui sont adaptées.

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INTRODUCTION

Lion ou caméléon, s’imposer ou bien se fondre. Une simplification, bien sûr, des différents rôles que l’on peut jouer, au travail ou ailleurs, mais un choix, pas toujours conscient ni avisé, aux conséquences ô combien réelles et concrètes. Car les multiples circonstances auxquelles chacun de nous fait face, les contextes dans lesquels nous évoluons et les intentions et attitudes que nous adoptons alors sont autant d’occasions d’influer sur notre réalité.

I– LES COMPORTEMENTS

L’on associe le terme « lion » à la notion de courage – celui de ses opinions et celui de se battre pour survivre. Dans le monde du travail et en référence à toutes celles et ceux qui y oeuvrent, on l’associe aussi à la force, celle de tracer son propre chemin, qu’importe si les autres s’écartent de vous, et au leadership. Ce dernier s’exprimera notamment par un comportement protecteur à l’égard d’autrui, que ce soit à propos de personnes, d’organisations ou de causes. Parmi les autres caractéristiques, mentionnons la bravoure, le fait d’être prêt à se battre lorsque c’est nécessaire, de faire ce qu’il faut pour obtenir ce qu’on veut. Et puis il y a aussi le sentiment d’appartenance à un groupe, groupe qu’on a peut-être constitué en fonction de ses propres besoins, tout en étant globalement solitaire. Et c’est sans compter le charisme du lion, celui qui donne envie de le suivre, de nous investir nous aussi dans la poursuite d’un objectif commun qui à la base était le sien.

Le caméléon... est-il nécessaire de le présenter ? Voyons plutôt... Quand on pense au caméléon, on pense à la capacité de s’adapter, au mimétisme, à cette capacité de se fondre dans l’environnement, de cacher ses éléments distinctifs pour réduire le risque d’être identifié ou reconnu puis attaqué par un prédateur. Il y a aussi, au sens figuré, le fait d’imiter les comportements des autres pour être mieux accepté, mieux intégré. Ceci n’exclut pas le désir de réussir, bien au contraire. En effet, le caméléon se forge parfois une image et adopte les comportements associés pour s’adapter à ce qu’il perçoit comme étant des attentes et pour pouvoir mieux briller en s’y conformant parfaitement.

Comme on peut le constater, chacun a de multiples facettes et souhaite réussir, chacun à sa manière.

II– LES EFFETS

À en croire certains articles ou l’opinion populaire, l’on a parfois l’impression que ce sont les lions, ceux qui brillent et qui prennent toute la place, qui sont les plus valorisés. On les met en valeur, ils l’apprécient. On a l’impression qu’ils ont confiance en eux, de la facilité à communiquer et puis ce je ne sais quoi qui fait que lorsqu’ils entrent dans une pièce, tous les regards se tournent vers eux, qu’ils fascinent et parfois qu’ils inspirent. En entreprise, ils ont le courage de mener les combats difficiles, de rester fidèles à leurs convictions et, de ce fait, pourraient mener à bien un projet, guider une organisation pour lui permettre de traverser une période difficile quand d’autres auraient peut-être laissé tomber face à l’ampleur des défis. Bien sûr, sur le plan négatif, la littérature met aussi de l’avant certains traits narcissiques, plus ou moins marqués, qui englobent notamment l’arrogance, une faible tolérance envers la critique ou le fait qu’ils s’attendent à ce que les autres se soumettent. Et puis cette tendance à penser, à agir indépendamment de la façon dont pourraient réagir les autres, à estimer avoir droit à des privilèges ou à des passe-droits qui parfois fait en sorte qu’ils s’aliènent les autres.

Quant aux caméléons, certains pourraient trouver que l’adaptation et le mimétisme démontrés sont en fait des indicatifs d’une incapacité à s’affirmer, ce qui, en entreprise, en fait des contributeurs de moindre valeur. Mais est-ce vrai ? Une étude portant sur la réaction de centaines de clients à un serveur qui soit répétait leur commande, soit confirmait seulement avoir bien pris la commande, démontre que le comportement d’imitation avait été associé à des pourboires plus élevés. D’autres études indiquent que ce mimétisme nous fait sentir plus proches de l’autre personne, d’où l’adoption de ce type de comportement par les coachs lorsque c’est adapté pour faciliter ou renforcer le lien avec le client.

III– QUI SUIS-JE ?

Pour savoir comment tirer parti de qui nous sommes, c’est une bonne chose que de savoir répondre à la question : « Qui suis-je ? » Énigme à un million de dollars qu’une vie entière ne suffit pas toujours à élucider. Essayons de simplifier en lien avec les points ci-haut. Parce qu’il y a en chacun la personne publique et la personne privée, et puis nos divers rôles qui sont parfois plus ou moins en décalage. L’intérêt de la chose ? C’est et cela semble plus facile et moins fatigant d’agir quand vos pensées, vos intentions et vos actions vont dans le même sens et du coup, vous rayonnez...

Bien sûr, ce qui suit est une simplification, mais cela se veut simplement un outil de réflexion. Alors, quels comportements adoptez-vous le plus spontanément ? De quel côté du continuum vous situez-vous ?

Lion

  • J’agis selon mes convictions et mes intérêts.

  • Je n’hésite pas à contrevenir aux règles lorsque cela me semble nécessaire.

  • Si je ne suis pas d’accord avec quelque chose, je le dis.

  • Si on me parle de quelque chose qui ne m’intéresse pas, je fais dévier la conversation vers un sujet qui m’interpelle davantage ou encore, je m’éloigne.

  • Je choisis quand je dis oui aux demandes d’aide en fonction de ce que je considère comme m’étant possible, voire utile.

Caméléon

  • J’adopte une attitude qui me semble convenir aux circonstances, qui respecte les règles.

  • J’adapte mes comportements, mes attitudes, en fonction du contexte, des personnes alentour.

  • Je m’intéresse à tout ce qu’on me dit... même quand ça ne m’intéresse pas particulièrement...

  • Je n’aime pas les conflits et j’ai peu tendance à exprimer mon désaccord.

  • J’ai à coeur d’aider les autres et j’ai parfois, ou souvent, du mal à dire non quand on me demande de l’aide ou un service.

  • J’ai tendance à faire passer les besoins des autres avant les miens.

IV– LION OU CAMÉLÉON, L’UN EST-IL MEILLEUR QUE L’AUTRE ?

On a vu plus haut que les comportements diffèrent et que leurs effets ne sont pas nécessairement mutuellement exclusifs. Mais vaut-il mieux être lion que caméléon ou l’inverse ? Eh bien, ni l’un ni l’autre ! Voyons plutôt.

Imaginons que vous venez de changer d’emploi et d’entreprise. Vous êtes en période d’intégration, une phase qui aura un impact déterminant sur votre succès puisque c’est là que se forgent ces premières impressions…qui durent… Dans un tel contexte, il sera préférable d’observer, d’écouter, de chercher à maximiser les ressemblances pour faciliter l’établissement de liens. Ce mimétisme ira jusqu’à ajuster votre style vestimentaire et vos horaires de travail pour les accorder aux pratiques de vos collègues. Tact et diplomatie et une certaine retenue dans l’expression, voire dans le partage de vos opinions, seront aussi de mise. En effet, le temps d’apprendre à connaître les uns et les autres, les petites histoires qui sont souvent plus importantes que la grande, les réseaux de pouvoir et d’influence à la fois formels et informels, il est sage de veiller à avoir de bonnes relations avec tout un chacun. Tout ceci milite donc pour l’adoption de comportements de type caméléon.

Autre exemple : imaginons que l’on vient de vous confier le mandat de redresser la situation dans un département ou dans un projet et qu’il y a urgence d’agir, car la haute direction est à bout de patience. Dans un tel contexte, vous n’avez pas vraiment le temps de tenter de ménager en tout temps la chèvre et le chou, ni celui de vous interroger trop longtemps sur les possibles réactions des employés concernés aux initiatives que vous aurez à mettre en place. Le temps est à la prise de décision et à l’action, rapides et axées sur des résultats à court terme. Inévitablement, il y aura des répercussions, disons désagréables, et vous aurez besoin de tout votre charisme pour rallier les troupes, autant que faire se peut, autour des objectifs et des changements nécessaires. Ici donc, ce seront les caractéristiques associées au lion qui seront les plus appropriées.

V– BIEN CHOISIR

Vous connaissez vos tendances naturelles et ce qu’elles peuvent engendrer comme conséquences positives au travail. Vous connaissez aussi l’autre bout du spectre et certains comportements ou attitudes qui parfois, en des circonstances particulières, auraient pu, ou pourraient, vous être utiles.

Alors lorsque vous avez à choisir vos comportements, entre lion et caméléon, je vous invite à vous poser les questions suivantes :

  • Qu’est-ce que je veux accomplir ?

  • Pourquoi est-ce important pour moi ?

  • Quel est le contexte et quels sont les principaux éléments dont il me faut tenir compte ?

  • De quoi ai-je besoin pour atteindre mon objectif ?

  • Quelles seraient les meilleures façons de l’atteindre compte tenu du contexte, de qui je suis, des impacts sur les autres et notamment sur les personnes qui me sont chères ?

  • Quels sont les atouts, les forces dont je dispose qui pourraient m’être utiles ?

  • Ai-je des alliés, des façons d’aller chercher ce qui me manque ?

  • Y a-t-il des compétences que je pourrais développer, car elles me seraient utiles. Comment pourrais-je m’y prendre et suis-je prêt à le faire tout en restant fidèle à moi-même, à qui et à ce que je veux être ?

  • Compte tenu de ce qui précède, quels seraient les impacts à moyen et long termes, sur moi comme sur les autres, de ce que je souhaite faire et est-ce bien ce que je souhaite ?

CONCLUSION

Si nous avons tous eu le loisir d’observer dans notre milieu de travail ou en nous-mêmes des lions et des caméléons, les effets positifs, ou pas, de leurs comportements, l’on a tendance à faire une équivalence entre la personne, ses paroles et ses gestes. Nous « identifierons » tel individu comme étant un lion, tel autre comme un caméléon.

Parce que certains comportements peuvent être plus appropriés, mieux nous servir, dans un contexte plutôt qu’un autre, et parce que nous avons le loisir de choisir nos paroles et nos gestes, tout en étant fidèles à nos valeurs, il peut être utile de prendre un pas de recul et de se poser un certain nombre de questions avant d’agir.

Cela vous semble long ? Vous seriez surpris de la rapidité de la chose quand vous aurez clarifié ce que sont vos valeurs, vos points forts, et que vous aurez développé vos capacités de bien lire un contexte.

Besoin d’aide ? Outre votre réflexion personnelle, un coach pourra vous accompagner et vous aider à développer vos habiletés et à en acquérir de nouvelles.


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